Euro 2020 : Une désillusion également financière pour les Bleus

Reuters

Le parcours des Bleus à l'Euro a rapporté 12,75 millions d'euros à la "3F", bien loin des quelque 28,5 millions potentiels promis au futur vainqueur, à condition qu'il gagne tous ses matches. La FFF ne pouvait pas espérer un tel pactole sans réfuter l'incertitude sportive, mais l'enveloppe reste maigre: 9,25 millions d'euros pour la participation à l'Euro, deux fois 500.000 euros pour les deux matches nuls en poule, un million pour la victoire contre l'Allemagne (1-0) et 1,5 million pour la qualification en huitième de finale...

Le montant est en tout cas très éloigné des 32,5 M EUR amassés par la sélection lors de son parcours victorieux au Mondial-2018, pourvoyeur de recettes record pour la FFF à l'époque. La dotation sera de plus amputée de 30% réservés aux primes à répartir entre les joueurs et le staff, négociées en amont par la Fédération. A moins que l'équipe de France ne décide d'y renoncer.

Le président Noël Le Graët, de son côté, n'y compte pas: "Les Bleus jouent à l’œil (gratuitement, NDLR) depuis deux ans. C'est grâce à eux qu'on a aussi 100 millions de recettes publicitaires. On ne peut pas demander aux Bleus ce qu'ils ne peuvent pas", martelait-il auprès de l'AFP durant le premier tour de la compétition.

Un déficit creusé ?

Les services financiers du siège de la Fédération, boulevard de Grenelle à Paris, devront donc revoir le budget 2021-2022 à la baisse au pire moment, après deux saisons marquées par le Covid-19 et les pertes en billetterie (30,4 M EUR de recettes en moins entre 2018-19 et 2019-20). Et cela n'était pas prévu. En présentant son premier budget prévisionnel déficitaire depuis plus de vingt ans, à 5,7 M EUR, la FFF tablait sur une hypothèse à première vue abordable d'un point de vue sportif à l'Euro: un quart de finale des Bleus. 

Un ticket pour les quarts aurait rapporté 2,5 millions de plus à la Fédération, autant d'argent que l'instance va devoir trouver ailleurs après l'élimination surprise en huitième par la Suisse. "Imaginez que l'équipe de France, ça ne colle pas trop. Ca fera quand même 18 mois sans recettes", s'inquiétait Le Graët le 20 juin.

Dix jours plus tard, sa crainte se réalise, d'autant que l'embellie future au niveau sanitaire n'est pas assurée. "On n'a personne au stade. On a des sponsors compréhensifs, certes, mais des recettes complètement décalées par rapport à d'habitude. On a besoin de retrouver le rythme normal du Championnat", soulignait-il, rappelant que la défaillance du diffuseur Mediapro auprès de la Ligue de football professionnel (LFP) avait causé pour l'instance fédérale "15 ou 16 millions de moins que prévu" en vertu d'un accord de redistribution du foot pro au foot amateur.

Recettes incertaines

L'imbroglio juridique planant sur le contrat de la LFP avec Canal+, qui ne veut plus de la L1 depuis l'irruption d'Amazon, ajoute lui aussi son lot d'incertitudes sur le montant de la redevance de la prochaine saison. Le dirigeant breton, souvent présenté comme un "bon gestionnaire" mais parfois crtitiqué pour le manque de moyens alloués au foot amateur, tiendra-t-il sa promesse de maintenir les aides aux petits clubs, avancée durant la campagne précédant sa réélection en mars ?

L'ancien maire de Guingamp, 79 ans, devra aussi limiter la grogne grandissante en interne, celle de certains salariés face à un plan social lancé juste avant l'Euro, avec 26 suppressions de postes envisagées.

Il peut néanmoins compter sur la solidité du juteux contrat d'équipementier signé avec Nike: celui-ci court jusqu'en 2026 et assure 50 M EUR annuels à la maison du football français. Quant au contrat de son sélectionneur Didier Deschamps, il court jusqu'à fin 2022 et l'hypothèse d'un divorce, forcément coûteux, serait une immense surprise. A défaut de savoir ce qu'elle va gagner, la FFF sait ce qu'elle doit débourser...


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