Qui sera le nouveau patron de l’Equipe de France de basket ?

Reuters

Il était sans doute écrit que la carrière en Bleu de Tony Parker devait se terminer contre l’Espagne. Cette équipe qui lui a si souvent barré la route au cours de sa carrière internationale a mis fin à son rêve de remporter une médaille olympique en dominant de la tête et des épaules le quart de finale carioca. Si le naufrage collectif a été total, Tony Parker a su une dernière fois honorer le maillot bleu en terminant meilleur scoreur de son équipe et en étant le seul à entretenir un mince espoir jusqu’au milieu du deuxième quart-temps. Malgré cet échec cuisant, la vie de l’équipe de France ne s’arrête pas là et il est déjà temps de se demander comment se restructurera ce groupe, privé de son leader si charismatique sur et peut-être encore plus en dehors du terrain.

Nicolas Batum, héritier contesté

Depuis des années, le successeur désigné de TP en équipe de France est Nicolas Batum. Leur parcours similaire, leur arrivée précoce en NBA et la manière dont ils se sont très vite imposés dans leur franchise respective poussent à l’analogie entre deux des joueurs les plus talentueux de l’histoire du basket français. Dans les équipes de jeunes, Nicolas Batum a emmené la génération 88 sur le toit de l’Europe lors des Championnats d’Europe cadets en 2004 puis juniors en 2006, lors duquel il a décroché le titre de MVP. Il a ensuite été le fer de lance de l’Equipe de France lors de la seule compétition internationale sur laquelle Tony Parker a fait l’impasse depuis 15 ans : le Mondial 2014 où les Bleus ont glané leur seule médaille mondiale grâce notamment à une victoire mémorable contre l’Espagne devant son public en quart de finale. Tout proche d’emmener la France en finale grâce à une prestation héroïque contre la Serbie en demi (35 points dont 17 dans le dernier quart et 8/12 à trois points pour 32 d'évaluation), il avait été nommé dans le 5 majeur du tournoi et semblait alors justifier tous les espoirs placés en lui.

Malgré cela, plusieurs interrogations ont été soulevées depuis le Mondial espagnol à propos de la capacité de Batum à assumer un rôle de leader tant en club qu’en sélection. Si son importance au sein des Portland Trailblazers a été indéniable, il n’était dans cette franchise que la quatrième option offensive d’une équipe emmenée par LaMarcus Aldridge et Damian Lillard. Sa bonne première saison dans les rangs des Charlotte Hornets, où son rôle a considérablement évolué, doit initier une progression certaine dans sa capacité à assumer le leadership d’une équipe. L’autre point d’interrogation, souvent évoqué par les observateurs, est la régulière inconstance de ses performances sous le maillot frappé du coq. Les prestations indignes de son niveau lors de ces Jeux Olympiques en sont une preuve : il a toujours eu du mal à trouver sa place dans l’effectif bleu et, plus que cela, c’est même un manque d’investissement qui a été remis en cause par certains au cours de ce tournoi Olympique.

De Colo, comme une évidence

Cette difficulté à trouver sa place a sans doute été renforcée par l’ascension spectaculaire de Nando de Colo. Champion de Russie, vainqueur de l’Euroleague avec le CSKA Moscou et élu MVP de toutes les compétitions auxquelles il a participé cette année, l’arrière français s’est imposé naturellement en équipe de France comme la première option offensive, une grande première depuis que Parker a pris le contrôle de cette équipe au milieu des années 2000. Cette saison et ces Jeux Olympiques auront ainsi suffi à redistribuer les cartes de sa succession sous le maillot tricolore en raison des performances de Nando de Colo qui a été depuis le début de la préparation le meilleur joueur des Bleus et le plus à même d’apporter des solutions offensives grâce à sa capacité à créer du jeu balle en main et à faire jouer ses coéquipiers.

A 27 ans, il semble ainsi avoir atteint la maturité nécessaire pour devenir le leader de cette équipe et, à l’image de Parker dans les années 2000, il est aujourd’hui le seul joueur français à évoluer dans un club à la lutte pour remporter toutes les compétitions auxquelles il prend part et à peser à ce point-là sur les performances de son équipe. Être ainsi habitué à disputer des rencontres décisives et avoir développé cette culture de la gagne sont des atouts incontestables.

Concilier les egos pour faire fructifier les talents

Alors, De Colo, Batum ? A mon sens, la question n’est pas de savoir quel joueur prendra le leadership de cette équipe mais plutôt de savoir si celle-ci a réellement besoin d’un leader. En effet, si Parker a pu occuper ce rôle durant toutes ces années, c’est parce que tout a été mis en œuvre pour cela : lui a immédiatement assumé ce rôle, ses coaches lui ont toujours laissé carte blanche et, surtout, ses coéquipiers ont accepté de se comporter en véritables lieutenants durant toutes ces années.

Aujourd’hui, la donne est bien différente. Malgré leur talent, De Colo et Batum n’ont pas la même influence qu’a pu avoir Parker et, dans le même temps, le niveau de l’équipe de France est bien plus homogène aujourd’hui. Aucun joueur ne peut prétendre surpasser les autres et il semble clair et logique que Batum et De Colo ne sont pas prêts à s’effacer pour l’autre. Dans le même temps, les Fournier, Heurtel, Lauvergne, Gobert qui composeront le futur effectif tricolore ont trop d’ambition et de caractère pour accepter de continuer à jouer les seconds rôles. Pour toutes ces raisons, j’estime que tourner la page de l’ère Parker ne signifie pas le remplacer poste pour poste, mais doit plus largement s’accompagner d’un changement global de structure.

Le staff va ainsi devoir s’atteler à faire cohabiter De Colo et Batum, les deux leaders naturels de cette équipe, mais aussi à contenter et à faire fructifier l’ambition débordante des plus jeunes, emmenés notamment par Evan Fournier, dont la frustration suite à sa non-sélection pour ces Jeux Olympiques est aujourd’hui immense. C’est donc un vaste chantier qui s’ouvre pour la Fédération Française et tout le staff de l’Equipe de France, qui a cependant de réels motifs d’espoir comme la qualité intrinsèque et la volonté infaillible qu’ont toujours montré les joueurs à participer aux compétitions internationales sous le maillot tricolore.

La présence de Boris Diaw, capitaine respecté par tous, va également permettre au staff bleu de disposer d’un relais fort appréciable dans l’effectif pour faire repartir sur de bonnes bases cette équipe qui a tout pour continuer à jouer les premiers rôles en Europe, et dans le Monde.

M.Rivière
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