Les Panthers s’étaient vus trop beaux

Panoramic

Avant ce Super Bowl, les qualificatifs accolés aux Panthers n’étaient que peu flatteurs pour une équipe au bilan historique (17 victoires en 18 matches cette saison). On les disait arrogants. On les disait chambreurs. On les disait trop sûrs de leur fait. Au cours d’un Superbowl cadenassé, ils ont pourtant pris tout leur sens.

L’insouciance et l’arrogance ont caractérisé le jeu des Panthers toute cette saison. Une équipe de jeunes joueurs qui font le show, postent des photos sur les réseaux sociaux ou effectuent le maintenant célèbre dab. Bref, les Panthers aiment ce sport. Mais ils aiment encore plus une chose : gagner. Heureusement pour eux, dans la victoire, tout est pardonné et leur attitude était plus vue comme un vent de fraîcheur dans une ligue aseptisée. Les coéquipiers de Cam Newton écrasaient la NFL, eux qu’on enterrait en début de saison après la blessure de leur receveur star Kelvin Benjamin. Comme ils ont aimé le répéter tout au long de la saison, ils se sont nourris de ce désamour pour être encore plus forts.

Et arrive le Superbowl…

Il suffit de voir le déroulé de ce match pour comprendre pourquoi la figure du vétéran, du joueur d’expérience, est pratiquement sacralisé en NFL. Ces joueurs n’ont pas comme unique intérêt de canaliser les jeunes pousses ils doivent aussi les guider. La victoire d’une équipe avec de jeunes leaders, comme le cas des Seahawks deux ans auparavant, reste une exception dans la grande histoire du Superbowl. Car arrivé à un tel niveau de la compétition, l’insouciance vous abandonne. Ou alors, si elle demeure, elle se transforme en inconscience. Trop sûrs d’eux, les Panthers se sont pris la réalité en pleine le face dimanche soir. Les voilà au Superbowl, à un match du graal. Cette prise de conscience soudaine les a fait déraper. Cam Newton en premier.

Ravalés son sourire ultra-brillant et ces dabs incessants, le MVP a déjoué, écrasé sous la pression. Une image résume à elle seule cette déconfiture. Avant le premier snap de chaque match, le quarterback star à l’habitude de fermer les yeux et de prendre une grande respiration. Un rituel qui ne prend que quelques secondes. Face aux Broncos, Newton a fermé les yeux, fermé les yeux, fermé les yeux… Voulait-il les rouvrir ? S’il connaissait déjà la suite du match, sans doute pas. Son visage d’habitude si jovial le trahissait, la pression était bien présente. Son sourire qui ravit la NFL était perdu, caché derrière la mine déconfite d’un homme qui retombait violemment sur terre après une saison proche des cieux. La chute n’en était que plus dure. Et elle nous révélait le Cam Newton qu’on espérait enterré. Passablement énervé, sur le dos des arbitres à gémir pour des fautes inexistantes et surtout imprécis. Le pass rush des Broncos l’a forcé à lancer des balles précises, sous une pression folle, dans des fenêtres quasi-inexistantes face à des arrières défensifs des Broncos en état de grâce. Cam Newton le pouvait. Mais pas le Cam Newton de ce dimanche.

A l’image de leur leader, les Panthers sont tous retombés du petit nuage sur lequel ils étaient confortablement installés depuis le début de la saison. Les receveurs ont relâché des balles qu’il faut attraper à ce niveau de la compétition. La ligne offensive s’est écrasée devant une des meilleurs défenses de l’histoire du Superbowl. Les coureurs se sont blessés. Greg Olsen a été inexistant. L’attaque des Panthers qu’on attendait en début de saison faisait son apparition au pire des moments. La défense elle, a réussi à tenir une attaque des Broncos, certes bien molle. Pourtant, le Cam Newton de la défense des Panthers, Luke Kuechly, a connu la même mésaventure que son coéquipier en attaque. D’habitude étincelant, partout sur le terrain et véritable machine à tacler, il n’est jamais vraiment rentré dans le match. Bien sûr, son match fût saupoudré de quelques gros chocs. Mais l’impression générale fût celle d’un joueur dominé par ses bloqueurs et qui manquait des tacles (lui le joueur le plus sûr de la ligue dans ce domaine). Un sentiment qu’on n’avait jamais vraiment ressenti en voyant jouer le linebacker.

Double coach de l’année, alors que ses qualités de coaches peuvent légitiment être remises en question, Ron Rivera a aussi sa part de responsabilité dans la défaite. Lui aussi a pêché par excès de confiance. Face à une défense orchestrée de main de maître par Wade Philipps, les Panthers ont cru pouvoir réciter leur football à base de formations resserrées et de courses, comme ils l’ont fait toute la saison. Pas face à cette défense. Pas face à un Von Miller qui a prouvé à la ligue qu’il restait l’arme la plus létale en défense. Les Panthers auraient dû aligner plus de receveurs à l’extérieur pour forcer la défense des Broncos à se révéler un peu. A l’inverse, en continuant d’aligner des formations surchargées à l’intérieur, ils ont laissé à Denver tout le luxe de cacher les schémas défensifs mis en place. Mike Shula, le coordinateur offensif des Panthers, loué pour avoir fait de Cam Newton ce qu’il est aujourd’hui, s’est lui aussi cru intouchable.

Les Broncos eux aussi ont fait leur lot d’erreurs. Aqui Talib, coutumier du fait, a multiplié les pénalités. Seulement, l’équipe dans son ensemble avait conscience de l’opportunité. A fortiori après la raclée qu’ils avaient subie en 2014. La NFL est compétitive et les blessures arrivent très vite. Dans cette ligue, les garanties n’existent pas. Il faut saisir la chance quand elle vous est tendue.

Les Panthers, eux, n’en ont pas pris conscience. Sans doute se sont-ils dit qu’ils étaient déjà champions.

Denver n’a pas manqué de les faire mentir.

B. Ringuet


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