Tsonga : «Les joueurs français n’ont pas toujours été protégés»

Jo Wilfried Tsonga, vous êtes le parrain du programme « Team BNP Paribas Jeunes Talents ». Qu’allez-vous apporter à ces jeunes joueurs pour qu’ils deviennent un jour de grands champions ?
L’objectif n’est pas de donner des conseils ou de diriger, mais de faire partager mon expérience, ce que j’ai vécu à travers toutes ces années, de mon plus jeune âge jusqu’à maintenant. Et de ça, ils vont prendre ce qu’ils ont envie de prendre.

Pourquoi êtes-vous aussi ferme sur cette volonté de faire partager votre expérience mais de ne pas donner pour autant de conseils ?
Parce que c’est bien plus précieux. Déjà, moi, j’ai toujours détesté que l’on vienne m’imposer des choses. J’ai toujours eu besoin de mon libre-arbitre en fonction ce que l’on me racontait. J’ai toujours fonctionné comme ça. Donc, aujourd’hui, ce que je vais transmettre, c’est évidemment cet esprit-là. Je n’ai pas envie d’imposer quoi ce soit à qui que ce soit. J’ai envie que les jeunes réceptionnent ce qu’ils ont envie de réceptionner.

Ne craignez-vous pas de les mettre dans un certain confort ? On dit souvent que les joueurs français sont protégés, voire surprotégés…
Non, au contraire, je pense qu’ils n’ont pas toujours été protégés. Un truc où pour moi, ça a été difficile, et où parfois, je me suis senti seul, c’est que mes parents étaient assez loin de mon projet, parce qu’on les a laissé très loin. Alors que les joueurs étrangers, eux, avaient des projets familiaux. On ne leur disait pas qu’ils étaient dans un cocon, qu’ils étaient chez papa et maman… Et à la fin, ça donne des joueurs encore plus complets, encore plus équilibrés et mieux dans leurs baskets. Ca fait partie des choses qui peuvent faire la différence, donc, moi, les histoires de confort, ça ne me touche pas. Je ne dirai jamais que l’on est trop dans le confort ou pas assez. Je crois aux valeurs du travail et de l’apprentissage, que l’on soit dans le confort ou pas.

Tsonga : « Plein de choses qui n’ont pas été faites par le passé »


Est-ce toujours un plaisir de transmettre à ces jeunes, comme vous le faites depuis quatre ans ?
Oui, toujours. Nous avons initié ce programme avec Thierry Ascione et BNP Paribas qui a fait un boulot extraordinaire, avec la Fédération Française de Tennis. Et aujourd’hui, on retrouve, après trois ans déjà, trois champions du monde juniors au sein du programme. Je pense que l’on fait du bon boulot. L’objectif est de continuer sur cette voie et d’essayer d’avoir de très bons joueurs qui vont étoffer nos équipes de France et faire briller le tennis français.

Quelles sont les questions que vous posent le plus souvent ces jeunes joueurs, dont vous êtes le parrain ?
Il y a beaucoup de questions, ce qui rend toujours l’échange très riche. Il y en a une qui revient souvent, c’est de savoir à quel moment j’ai su que j’allais devenir joueur professionnel. Je leur réponds que si l’on cherche des garanties, il ne faut pas jouer au tennis, parce qu’au tennis, il n’y a jamais de garantie. On ne sait pas quand et si on va devenir un champion. La seule chose que l’on sait, c’est qu’il faut travailler au quotidien, essayer et y croire. Parce qu’il n’y a que ceux qui essaient qui réussissent. Et ensuite persévérer pour aller au bout.

De quel aspect de ce programme en particulier auriez-vous aimé bénéficier ?
Il y a plein de choses. Déjà la nutrition (rires) – je ne sais pas pourquoi vous rigolez – il y a aussi la préparation mentale, qui englobe beaucoup de choses. Il y a aussi le fait qu’ils rencontrent des personnes expertes dans leur domaine et de grands sportifs. En ce moment, les jeunes assistent à un cours d’histoire du tennis, et ça, c’est hyper important. Moi, je me suis retrouvé lors d’interviews à répondre à des questions sur l’histoire du tennis et je n’y connaissais rien, parce que je ne l’ai pas apprise et qu’elle ne s’invente pas. Il y a également des modules d’anglais. Quand on se retrouve devant quinze mille personnes à dire : « Yes, I’m very happy », je peux vous dire que ce n’est pas drôle. Vous sortez de là et vous n’avez plus envie d’aller faire des interviews. Il y a aussi tout ce qui concerne l’environnement : les agents, les sponsors, le matériel. C’est vraiment très complet. Ce programme est vraiment important pour les jeunes, car ce sont des choses qui n’ont pas été faites par le passé, et qui peuvent apporter beaucoup à ceux qui veulent aller au plus haut niveau et faire du tennis leur métier.

Tsonga : « Revenir au plus haut niveau »


Il y a aussi un module sur les réseaux sociaux. Au début de votre carrière, cela n’existait pas mais cela peut s’avérer violent là aussi…
Exactement. Ca peut être très difficile en fonction des sensibilités ou croyances des uns et des autres. Le rapport aux médias est toujours quelque chose d’important, car on peut aussi y laisser des plumes et se prendre la tête pour pas grand-chose. Il y a beaucoup de choses à apprendre, et c’est bien que le programme « Team BNP Paribas Jeunes Talents » s’en préoccupe.

A quoi va ressembler l’année 2022 pour vous ? Avez-vous envisagé ou programmé une fin de carrière ?
Ma fin de carrière, je l’ai imaginée cent fois, mais bon, ça a commencé à 19 ans, donc (rires)… Non, mon objectif, c’est vraiment de revenir sur 2022. Je me suis blessé juste avant l’US Open alors que je n’avais plus mal au dos depuis le milieu de l’été et que je pensais que j’allais pouvoir jouer l’US Open. Je me suis rendu compte qu’il fallait que je me prépare bien mieux physiquement pour pouvoir revenir à ce niveau-là, donc du coup, je n’ai pas joué la fin de saison, j’ai pris le temps pour moi. Mais là, je travaille dur pour pouvoir revenir au plus haut niveau et je compte reprendre au mois de janvier.

Avec une invitation qui pourrait éventuellement vous revenir à l’Open d’Australie…
Oui, j’en ai fait la demande auprès de la FFT. Maintenant, j’attends leur réponse. En attendant, je travaille dur. Et si ce n’est pas à l’Open d’Australie, ça sera ailleurs. Je suis motivé pour essayer de revenir sur les courts.

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