Réforme de la Ligue des champions: sérieux contretemps pour Ceferin

Reuters

Réélu sans opposition en février pour un deuxième mandat, le président de l'UEFA Aleksander Ceferin a pourtant été contraint, six mois plus tard, de décréter une pause dans le projet très contesté de réforme de la Ligue des champions, mené avec ses alliés de l'ECA.

A Rome, au soir du 2 février, le Slovène l'assurait: l'UEFA "va travailler main dans la main avec l'ECA (l'association européenne des clubs) pour les compétitions de clubs de l'avenir et pour qu'elles restent ouvertes".

Pour les pourfendeurs de la réforme de la C1 présentée en mai dernier, c'est tout le contraire que l'UEFA et l'ECA veulent mettre sur pied, dès 2024: une Ligue des champions "quasi-fermée" de 4 poules de 8 équipes, dans laquelle 24 des 32 participants seraient automatiquement qualifiés d'une année sur l'autre.

A première vue, il ne semblait pas y avoir d'urgence à adopter cette réforme qui concerne la période 2024/2027.

Mais pour Raffaele Poli, directeur de l'Observatoire du football au Centre international d'étude du sport (CIES) de Neuchâtel, cette hâte "est due au fait que pour des clubs comme la Juventus Turin, qui va afficher pour 2019 un déficit compris entre 50 et 70 M EUR, il y a une sorte d'urgence économique".

Adopter rapidement une réforme de la C1 qui garantisse à ces grands clubs plus de rencontres et supprime l'aléa sportif, c'est en effet leur garantir dès maintenant des droits TV et marketing en hausse.                 

La méthode Infantino                 

Pour un familier des instances européennes du football, le report contraint des discussions sur la réforme "est certes un contretemps pour Ceferin, mais cela fragilise plus la réforme que son pouvoir".

"Ceferin a voulu utiliser la méthode Infantino: je fonce, ça ne passe pas, donc je fais marche arrière", analyse cette même source.

Le Slovène, qui, en mars, s'était lui-même fermement opposé au projet de Coupe du monde des clubs d'Infantino, qui pouvait faire de l'ombre à la Ligue des champions nouvelle formule, "a compris qu'il ne fallait pas s'entêter. Le report des discussions fragilise la réforme mais surtout cela montre que le projet est mauvais".

Pour un autre proche des instances européennes, "Ceferin a compris que la réforme allait le mettre en danger, car son pouvoir dépend des fédérations, or toutes les fédérations sont opposées au projet".

Interrogé par l'AFP, le président de l'AS Saint-Etienne, Bernard Caïazzo, l'un des clubs opposés à la réforme, affirme que "Ceferin a pour l'instant fermé le dossier qui doit être repensé".

La réforme qui devait être abordée, fin août à Monaco, lors de deux réunions de l'UEFA -de la commission des compétitions et de celle du football professionnel- a été retirée du programme.

Autre illustration du caractère ultra sensible du sujet: Giorgio Marchetti, directeur des compétitions de l'UEFA et Michele Centenaro, secrétaire général de l'ECA, présents tous deux en fin de semaine au Portugal pour la convention Soccerex, étaient prêts à accorder des interviews mais "aucun des deux n'accepte de parler du thème de l'avenir des compétitions européennes ni d'un éventuelle Superligue européenne".