Croatie-France: malgré Noah, la disette continue

AFP

La présence de Yannick Noah sur la chaise n'y a rien changé: pour la quinzième saison d'affilée, les Français ne ramèneront pas la Coupe Davis dans l'Hexagone après leur échec face à la Croatie en demi-finale, dimanche à Zadar.

La désillusion est grande. Si grande que le capitaine n'a pas voulu dire s'il serait toujours en poste l'année prochaine. L'envie est là, mais les conditions ne sont pas forcément toutes réunies. "Si tout le monde adhère, je viens avec plaisir", a-t-il dit.

Celui qui n'adhère pas pour le moment, c'est à l'évidence Gaël Monfils. Même si Noah n'a pas voulu faire du N.1 français le bouc émissaire de la défaite, son forfait à deux jours du match à cause d'une mystérieuse blessure au genou est très mal passé.

"Ne serait-ce que par respect pour ce qu'on a vécu, pour ceux qui se sont bagarrés, qui ont travaillé, qui ont chialé dans le vestiaire après, parler de Gaël ce n'est pas le moment", a-t-il dit. 

Quant à la fameuse blessure, il a avoué ne pas savoir à quoi s'en tenir. "Si je vous dis qu'il nous a plantés, ça veut dire que je pense qu'il n'est pas blessé. Je vous dis que je ne sais pas. Je veux en avoir le coeur net et pour le moment je n'ai pas eu le temps de l'appeler, je n'ai pas vu ses radios, je ne sais pas quand il va reprendre la compétition, quand il a prévu de se réentraîner, je ne peux pas répondre", a avoué le capitaine.

En revanche, Noah a été enthousiasmé par l'attitude des présents - "C'est rare de vivre des moments aussi beaux", a-t-il dit - même par celle de Richard Gasquet, qui n'a pourtant pas pesé lourd face à Marin Cilic, vainqueur en trois sets 6-3, 6-2, 7-5 dans le quatrième match décisif.

Le capitaine a apprécié que le Biterrois se lance dans la fournaise sans rechigner, alors que, à court de forme après un été pourri par les blessures, il n'était même pas dans l'équipe avant les forfaits de Jo-Wilfried Tsonga, touché lui aussi au genou, et de Monfils.

"Ce n'est pas pour rien que j'étais remplaçant. Je n'étais pas au top du tout", a reconnu Gasquet, qui ne se souvenait pas d'avoir été aussi déçu après une défaite.
                  
Cilic en grand leader 
                  
Malgré toutes les circonstances atténuantes, le bilan de sportif du retour de Noah, rappelé l'automne dernier à la place d'Arnaud Clément, est maigre: deux victoires contre des adversaires diminués, le Canada sans Milos Raonic et la République tchèque sans Tomas Berdych, et une défaite contre la Croatie. Si Noah devait s'en aller, on retiendrait surtout de son troisième mandat qu'il a convaincu la Fédération d'organiser pour la première fois un match outre-mer, en Guadeloupe, en mars.

Sur le terrain, l'"effet Noah" tant espéré n'a pas produit de miracle à Zadar. Avec un Lucas Pouille inexpérimenté et un Gasquet loin de son meilleur niveau, il aurait fallu que les joueurs se subliment, mais les mots du capitaine n'y ont pas suffi.

Ils n'ont pu compenser l'absence d'un grand leader, comme Marin Cilic l'a été pour la Croatie, qui affrontera l'Argentine dans une finale inédite. Le N.11 mondial, champion de l'US Open en 2014, a gagné ses deux simples et le double avec Ivan Dodig contre la paire Pierre-Hugues Herbert/Nicolas Mahut, pourtant N.1 mondiale. Ce fut le tournant du match. Son week-end de rêve a prouvé que pour briller en Coupe Davis, il est plus rentable d'avoir un vrai cador qu'un grand capitaine et plusieurs joueurs simplement bons.

"Cilic a joué en champion. Quand je vois son dévouement pendant trois jours, c'est une leçon", a dit Noah.