Farah-Gebreselassie: deux légendes de l'athlé s'écharpent hors piste

AFP

Un banal séjour d'entraînement de Mo Farah en Ethiopie tourne à la passe d'armes entre deux légendes de l'athlétisme: le quadruple champion olympique britannique et l'Ethiopien Haile Gebreselassie s'écharpent pour deux mystérieuses affaires de vol et d'agression, à quelques jours du marathon de Londres.

En stage en Ethiopie fin mars pour préparer le prestigieux marathon de Londres, disputé dimanche, Farah assure avoir été volé dans un hôtel détenu par l'ex-star Gebreselassie, qui a régné avant lui sur le 10.000 m. Le double champion olympique éthiopien accuse en retour Mo Farah d'un comportement "honteux" et d'une mystérieuse agression.

Mo Farah assure qu'environ 2500 livres (2900 euros) lui ont été volés dans sa chambre à Addis-Abeba le 23 mars: "Quelqu'un a pris la clé à la réception, est entré dans ma chambre, a pris mon argent, a pris la montre que ma femme m'avait offerte, et deux téléphones", a expliqué le Britannique en conférence de presse mercredi, dévoilant plusieurs messages envoyés à l'Ethiopien à qui il reproche son manque de réaction.

Dans un communiqué, Haile Gebreselassie a répondu au quadruple champion olympique (deux fois sur 5000 m et deux fois sur 10.000 m) en lui reprochant un comportement "honteux" durant son séjour en Ethiopie: il estime que ces messages ressemblent à une tentative de chantage et qu'il avait également reçu plusieurs plaintes sur le comportement du Britannique et de son staff.

Dans une interview donnée au Guardian jeudi, Gebreselassie a même précisé que de nombreux témoins avaient assisté à une altercation entre Farah et un couple d'athlètes dans la salle de sport de l'hôtel. Selon l'Ethiopien, le Britannique a accusé le mari de le suivre, avant de le frapper à coups de poing et de pied.

"Il nous a mal traités"

"Il ne peut pas le nier parce qu'il y avait beaucoup de gens à l'intérieur de la salle qui ont vu la scène", a raconté Gebreselassie.

"Il était presque en garde à vue, mais j'ai parlé à la police et j'ai dit: +C'est Mo Farah, c'est un grand athlète, c'est un nom connu dans le monde entier+", raconte l'Ethiopien.

"Il s'en est tiré sans rien. Il a quitté l'Ethiopie sans aucun interrogatoire. Et finalement, il s'est excusé pour l'attaque. +OK, pas de problème, j'étais très en colère, bla, bla, bla.+ J'ai toujours pris soin de lui de différentes façons. Mais il nous a mal traités", insiste Gebreselassie, qui accuse également le Britannique de ne pas avoir réglé toute la facture de son séjour.

Interrogé par l'AFP jeudi, le directeur général de l'hôtel Yaya Village à Addis Abeba, Lemessa Bote, a accusé Mo Farah de s'en être pris physiquement à un moniteur de gymnastique de l'hôtel "il y a un an environ", lui reprochant d'espionner sa séance d'entraînement.

Selon une source dans l'entourage de Farah citée par le Guardian, Farah effectuait des exercices spéciaux, qui étaient copiés délibérément par un athlète éthiopien. L'athlète en question aurait ensuite attaqué le partenaire d'entraînement de Farah, Bashir Abdi, et le Britannique aurait simplement essayé de protéger son ami, selon ce témoin de la scène.

Bataille d'avocats

Au cours de la bagarre qui s'en serait suivie, Farah aurait accidentellement frappé la femme de l'athlète éthiopien au niveau du bras, poursuit ce proche de Farah.

De son côté, Gebreselassie a nié le fait que l'histoire du vol ait été prise à la légère, assurant que cinq employés de l'hôtel ont été gardés en détention pendant trois semaines.

"La police fait son travail minutieusement mais n'a rien trouvé sur l'affaire du vol", a-t-il fait savoir dans un communiqué.

Toujours selon Gebreselassie, Farah a engagé un avocat éthiopien pour demander réparation pour le vol. "Nous avons notre propre avocat. Et maintenant, le combat va commencer et on verra. L'un de nous sera le gagnant", a prévenu le champion olympique jeudi.

Les deux hommes, qui ont dix ans de différence (46 ans pour l'Ethiopien, 36 pour le Britannique), ne se sont quasiment jamais affrontés. Ils ont tout de même partagé un podium de prestige sur le semi-marathon du "Great North Run" en 2013 en Grande-Bretagne.

"Mo a causé des nuisances dans le Yaya Village en jurant, se comportant de manière irrespectueuse et se vantant auprès des employés et des clients de sa richesse et de ses succès sportifs", a renchéri le directeur général du complexe hôtelier.