Williams, un sentiment d'injustice

Reuters

Sur le strict plan réglementaire, il n'y a pas eu scandale, samedi, en finale de l'US Open. Serena Williams a d'abord été avertie pour la tentative de coaching de Patrick Mouratoglou, reconnue par ce dernier. Puis sanctionnée d'un point de pénalité pour avoir cassé sa raquette de frustration. Et enfin frappée par un jeu de pénalité, au pire des moments ou presque, pour offense verbale envers l'arbitre, traité de "voleur".

Sur le plan moral, cet incident qui a éclipsé le sacre de Naomi Osaka (6-2, 6-4), a en revanche possiblement ouvert un épineux débat. L'arbitrage de Carlos Ramos, que Williams a par ailleurs décrit comme "un excellent arbitre", et plus généralement celui en vigueur en WTA, est-il sexiste ? Aurait-elle été pénalisée aussi durement et surtout sans sommation - pour l'injure, pas pour le coaching et le cassage de raquette - si elle avait été un homme ? L'intéressée en est persuadée.

"J'ai vu des hommes traiter les arbitres de bien d'autres choses. Je me bats pour les droits des femmes et l'égalité. Qu'il prenne un jeu parce que j'ai dit le mot voleur, ça m'a semblé sexiste. Il n'a jamais fait ça à un homme. Je trouve ça invraisemblable, mais je vais continuer à me battre. [...] Le fait que je doive passer par ça servira d'exemple, pour que la prochaine joueuse qui aura des émotions et voudra les exprimer comme une femme forte puisse le faire", a expliqué l'ancienne numéro un mondiale en conférence de presse. De nombreux athlètes, notamment quelques légendes du tennis, ont immédiatement apporté leur soutien à Williams en évoquant la même problématique.

Soutenue par les athlètes

"Lorsqu'une femme montre des émotions, elle est hystérique et punie pour ça. Quand un homme le fait, on dit qu'il est franc et il n'y aucune répercussion. Merci Serena d'avoir évoqué cette différence de traitement", a tweeté Billie Jean King, l'ancienne championne et fondatrice de la WTA. Plus intéressante encore, la réaction de James Blake, l'ex-tennisman américain, qui a abondé dans le même sens. "J'admets avoir déjà dit pire sans être pénalisé. On a m'a aussi déjà donné des gentils avertissements, avec des arbitres qui vous disent de vous taire sinon ils seront obligés de vous sanctionner. Là, il aurait pu avoir cette courtoisie envers Serena"

Ce n'est pas la première fois que des joueuses se plaignent du fait qu'il est attendu de leur part un comportement plus exemplaire et policé que leurs homologues masculins. Le fait que cela touche la locomotive du tennis féminin et en finale d'un tournoi majeur changera-t-il quoi que ce soit ? Le fait qu'aucune erreur purement technique n'ait été commise par Carlos Ramos, ce que l'US Open a confirmé dans un communiqué, risque de ne pas pousser les instances à la remise en cause...