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Les limites du Napoli sur la scène européenne

Face à Manchester City, Naples a démontré ses limites sur la scène européenne. Comme trop souvent lorsqu’ils sont opposés à un mastodonte, les Partenopei y ont cru, brillé, pas démérité, mais ont perdu. L’équipe italienne est-elle condamnée à rester dans l’ombre des plus grands ?

A Naples, le scénario est aussi cruel qu’implacable. Bien connu des supporteurs, il revient fleurir chaque saison. Pleine de promesses, l’équipe vient inlassablement se briser les ailes sur des monstres européens. L’année dernière, après un parcours honorable en phase de groupes de la Ligue des Champions, Naples hérite du Real Madrid en huitièmes de finale. Au match aller, dans un Bernabéu médusé, Lorenzo Insigne ouvre le score après une merveille d’inspiration. Les supporters italiens se mettent alors à rêver et à imaginer l’impensable. Les Partenopei vont-ils réaliser l’exploit ? Un songe de courte durée, tant l’équipe de Zidane se montre ensuite implacable. Benzema, Kroos et Casemiro ramènent durement le Napoli sur terre, 3-1. Au match retour, ils sont pourtant quelques-uns à croire à la qualification. Un 2-0 et l’affaire est bouclée. Et, encore une fois, l’espoir est permis par l’ouverture du score de Mertens. Mais, encore une fois, il est de courte durée. Deux coups de têtes de Ramos et un pion de Morata mettent fin au parcours européen des Azzurri.

Vidéo : Le Real Madrid s'impose au San Paolo


Cette saison, le Napoli a hérité d’un cador dès la phase de poules. Et, comme face au Real Madrid, Naples s’y est cassé les dents après avoir rêvé d’exploit. En Angleterre, les Italiens ont bien cru à une remontada après avoir été menés 2-0 (score final 2-1). Au San Paolo, le scénario rappelle celui de Madrid. Insigne ouvre le score très tôt dans le match. Un but important tant Naples a besoin d’une victoire pour espérer rallier les huitièmes de finale. Mais comme face au Real Madrid, deux coups de casque viennent briser la fête. Le Napoli s’incline finalement 4-2, n’est pas encore mathématiquement éliminé, mais ne semble pas avoir retenu les leçons du passé. Que manque-t-il à l’équipe de Maurizio Sarri pour franchir ce fameux cap ?

Naples, un cap à franchir
 

Orphelin de son prodige, Diego Maradona, Naples saigne. Dès son départ, en 1991, le club accuse le coup. Il régresse, descend en Serie B, remonte puis fait faillite. En 2004, Aurelio De Laurentiis débarque avec l’ambition de redonner ses lettres de noblesse à une équipe qui gît en Serie C. Après 20 ans d’absence, le Napoli retrouve finalement la Ligue des Champions en 2012, sous l’égide de Walter Mazzarri. Le point de départ d’un nouveau cycle, représenté par le trio Cavani-Hamsik-Lavezzi. Dans le groupe de la mort avec le Bayern Munich, Manchester City et Villarreal, les Azzurri parviennent à tirer leur épingle du jeu en arrachant la deuxième place, grâce à un succès précieux face à l’équipe anglaise, 2-1. En huitièmes ils héritent de Chelsea et commencent parfaitement le travail avec une victoire 3-1 à domicile. Une avance considérable, mais pas suffisante pour des joueurs sans expérience de la scène européenne. Chelsea renverse la vapeur et s’impose 4-1 au retour. Un revers en guise d’apprentissage.


La suite est pourtant compliquée pour le Napoli. Ils retrouvent la Ligue des Champions deux saisons plus tard et héritent une nouvelle fois d’un groupe relevé avec le Borussia Dortmund, Arsenal et l’OM. Malgré 12 points, l’équipe ne passe pas le premier tour. Après avoir vaincu les deux mastodontes à domicile, Naples s’est cassé les dents à l’extérieur. Deux ans après le naufrage de Stamford Bridge, la leçon n’a pas été retenue. Même problème à l’intersaison suivante, avec un barrage face à l’Athletic Bilbao. Alors que la qualification était largement à la portée des Napolitains, ils ont entretenu l’espoir au San Paolo avec un match nul 1-1 avant de boire la tasse à San Mamés 3-1. La suite est bien connue avec une pige en Ligue Europa, une double défaite face au Real Madrid et un mauvais début européen cette saison.

Malgré la défaite face à Manchester City, tous ont loué la qualité de jeu du Napoli. Deux ans après sa prise de pouvoir en Campanie, Maurizio Sarri a réussi à construire un groupe soudé qui produit un jeu léché, basé sur la possession, le pressing et les projections rapides vers l’avant. Après avoir réalisé un premier exercice historique avec les Partenopei, le Mister connait le meilleur début de saison de l’histoire de son club. Sa qualité n’est aucunement remise en cause. Mais n’a-t-il pas atteint les limites de progression de son effectif et tiré le maximum de ses joueurs ? Avec ses ouailles, peut-il viser plus haut ? Aujourd’hui, le Napoli semble avoir gommé les défauts qui lui ont coûté le titre la saison dernière, à savoir la perte de points face aux équipes de moindre calibre. A pareille époque, les Azzurri avaient déjà lâché des unités contre Pescara, le Genoa, l’Atalanta, la Roma, la Juventus et la Lazio. Cette année, seuls l’Inter Milan et le Chievo lui ont mis des bâtons dans les roues. Naples est ainsi capable d’être roi sur son territoire, mais sans un changement de stratégie sur le Mercato, il semble difficile de viser les cimes eu Europe.

Un effectif trop limité
 

Le jeu que produit le Napoli peut lui permettre d’atteindre le Graal en Serie A. Mais la débauche d’énergie sur son territoire lui entrave ses chances de briller en Europe. Maurizio Sarri a d’ailleurs fait des choix forts cette saison en Ligue des Champions, comme laisser sur le banc Allan, Jorginho et Mertens face au Shakhtar Donetsk. Résultat immédiat, une défaite 2-1. A Manchester City, les deux hommes en forme du milieu de terrain ont également débuté sur le banc.

Si la priorité est cette saison donnée au championnat, le manque de profondeur de l’effectif ne permet pas à l’entraîneur de jouer à fond sur tous les tableaux. Le Mister n’est clairement pas un adepte du turnover et s’appuie sur un onze de départ quasiment immuable. Quatorze joueurs seulement ont dépassé les 300 minutes de jeu en Serie A contre 17 pour la Juventus par exemple. En moyenne, après un match de Ligue des Champions, Sarri change 2,5 joueurs, contre 4,5 pour Di Francesco et 4,25 pour Allegri selon la Gazzetta dello Sport.


Au milieu de terrain, Marek Hamsik connait un passage à vide depuis plusieurs semaines. Pièce majeure de l’équipe, le Slovaque ne dispose pas d’un remplaçant d’envergure dans l’effectif. Zielinski, Rog et Diawara sont prometteurs, mais n’ont pas encore l’expérience pour briller sur la scène européenne. Même problème en attaque où Sarri a été contraint de faire rentrer le jeune Ounas face à Manchester City en fin de match pour recoller au score. Avec la blessure de Milik, ses possibilités de rechanges sont proches du néant dans le domaine offensif. Sur le banc, seuls Giaccherini ou Ounas peuvent dépanner dans ce secteur. Un problème anticipé par le club, qui rapatriera du Chievo Roberto Inglese, recruté cet été puis prêté dans la foulée à Vérone. Mais une fois encore, le Napoli ne passera pas un cap avec ce joueur, aussi prometteur et talentueux soit-il.

Depuis le Mercato XXL de l’intersaison 2014 (départ de Cavani, arrivées de Reina, Albiol, Callejon, Higuain, Mertens), Aurelio De Laurentiis a basé ses recrutements sur de jeunes joueurs synonymes de promesses pour un futur meilleur. Koulibaly, Hysaj, Allan, Maksimović, Diawara, Rog, Zielinski, Milik, Ounas sont arrivés, mais aucun n’a apporté l’expérience nécessaire pour briller sur la scène européenne. Est-il encore possible aujourd’hui d’aller loin en Ligue des Champions sans aligner le chéquier régulièrement ?

Les limites d’un système de jeu
 

Malgré un début de saison en fanfare en Serie A, les récents Mercato du Napoli n’ont pas corrigé les lacunes récurrentes de l’équipe. Les Partenopei doivent toujours multiplier les occasions pour marquer, et ont toujours autant de mal à perforer les défenses compactes. Parfaite illustration, le match face au Chievo Vérone ce weekend. Malgré 73% de possession de balle, 11 corners et 19 tirs, Naples n’a pas su marquer. L’équipe, avec ses gabarits de poche, demeure toujours trop tendre dans le secteur aérien (12 duels aériens remportés contre le Chievo contre 19).

Vidéo : Naples ne trouve pas la faille face au Chievo


Maurizio Sarri n’a d’ailleurs qu’un seul plan de jeu, aussi léché et séduisant à voir soit-il. Face aux équipes compactes ou aux mastodontes européens, ce style a montré ses limites. Un cynisme comme celui de la Juventus serait parfois le bienvenu. Ce style est aussi à la base d’un système de passes courtes et de relances venant de derrière toujours très propres. Avec le manque de technique de la charnière centrale Koulibaly-Albiol, chaque perte de ballon aux abords de la surface s’avère dangereuse. Il manquerait donc au Napoli un défenseur central d’envergure, un latéral gauche capable de suppléer le forfait de Ghoulam, un milieu de terrain d’expérience et un buteur de prestige.

Une Serie A… à deux vitesses ?
 

Cette saison, cinq équipes peuvent prétendre au titre en Serie A. Naples, l’Inter Milan, la Lazio, la Roma et la Juventus se tiennent dans un mouchoir de poche. Les trois premières équipes n’avaient d’ailleurs jamais connu un début si tonitruant dans leur histoire. Après un départ compliqué, l’équipe de Turin retrouve son meilleur niveau, tandis que la Roma parvient à garder la cadence malgré une débauche d’énergie et un parcours impressionnant en Ligue des Champions. Problème, si ces cinq équipes brillent, les autres sont clairement en-dessous et un constat implacable se dresse : le championnat italien est aujourd’hui à deux vitesses.

Ces cinq premières écuries n’ont perdu que dix points face aux 15 autres équipes du championnat ! A elles cinq, elles ont disputé 48 rencontres contre les autres clubs pour 43 victoires, cinq nuls et aucune défaite. A titre de comparaison, dans les quatre autres grands championnats européens, les équipes tu Top 5 ont perdu entre 25 et 37 points face aux autres écuries de leur championnat (Opta). En Italie, une telle situation peut-elle préparer les meilleures équipes à briller sur la scène européenne ? La Juventus a été à la peine contre le FC Barcelone (3-0), tandis que la Roma a impressionné face à Chelsea (nul 3-3 et victoire 3-0).  

Toujours en course pour la qualification en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, le Napoli connaîtra un parcours européen compliqué quel que soit le scénario. Pour franchir ce cap tant attendu sur la scène européenne, Aurelio De Laurentiis devra revoir sa stratégie sur le Mercato pour offrir à Maurizio Sarri un effectif à la hauteur de ses ambitions. En trouvant une alternative à son plan de jeu, l’entraîneur pourrait bien être à la tête d’un projet victorieux. Et la lumière s’offrira alors sur une cité qui vit pour son football. L’ombre du Vésuve laissera place au soleil lumineux d’un printemps en Ligue des Champions.


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