Qui sera le premier joueur né dans les années 1990 à s’imposer dans un Grand Chelem ?

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Qui sera donc le premier joueur né dans les années 1990 à remporter un trophée majeur ? Eléments de réponse via ce passage en revue chronologique (du plus au moins âgé) des dix prétendants les plus sérieux de la génération « nineties ».

David Goffin (Belge, né le 7/12/1990)
Meilleur classement : 10e
Quart-de-finaliste en Grand Chelem
2 titres ATP et 8 victoires sur le Top 10

La plupart des amateurs de tennis ont découvert ce jeune joueur originaire du Plat Pays lors de sa première participation à un tournoi du Grand Chelem, à Roland-Garros, en 2012. Bien qu’éliminé au dernier tour des qualifs par le Portugais Joao Sousa, David avait bénéficié du forfait de Gaël Monfils pour être repêché. Et c’est en tant que « Lucky Loser » qu’il avait crée la surprise en se débarrassant de Stepanek, Clément et Kubot, avant de buter (avec la manière) sur un certain Federer à qui il aura quand même réussi à chiper un set ! Bon tacticien, capable de prendre la balle très tôt, Goffin a ensuite confirmé cette performance initiale via des victoires de prestige (notamment face à Wawrinka et Djokovic), deux quart-de-finales en Grand Chelem (RG 2016 et AO 2017) et deux titres ATP (Kitzbühel et Metz). Ceci dit, avec son physique et son jeu similaires à Gilles Simon, le finaliste de la Coupe Davis 2015 semble malgré tout un peu léger pour pouvoir un jour soulever un trophée du GC.

Milos Raonic (Canadien, né le 27/12/1990)
Meilleur classement : 3e
Finaliste en Grand Chelem
8 titres ATP et 26 victoires sur le Top 10

Pour l’heure, il est celui qui a été le plus proche d’ouvrir le compteur de la « génération 1990 » en Grand Chelem. Vainqueur de Federer en demi-finale de Wimbledon 2016, le Canadien s’était néanmoins montrer impuissant en finale face à Andy Murray. Qu’à cela ne tienne, ce n’est certainement que partie remise pour le grand serveur originaire du Monténégro. Capable de délivrer des premières à plus de 230km/h, le natif de Titograd (Podgorica aujourd’hui) s’appuie en outre sur un coup droit extrêmement puissant qui rappelle celui de l’Américain Andy Roddick ou encore de l’Australien Mark Philippoussis. Véritable bête de travail, Milos Raonic peut également s’enorgueillir d’un paquet de victoires face à des vainqueurs de Grand Chelem de la trempe d’Andy Murray, Roger Federer, Rafael Nadal, Stan Wawrinka ou encore Juan-Martin Del Potro. En revanche, son ratio victoires/défaites en finale (8/13) ainsi que sa relative fragilité physique (il est souvent blessé) ne plaident pas en sa faveur.

Grigor Dimitrov (Bulgare, né le 16/05/1991)
Meilleur classement : 8e
Demi-finaliste en Grand Chelem
7 titres ATP et 16 victoires sur le Top 10

Comparé dès son plus jeune âge à Federer, Dimitrov possède (à l’instar du Maestro) toute la panoplie du parfait tennisman : un bon service, un coup droit millimétré, un revers varié, une grosse couverture et un jeu d’attaque particulièrement incisif… Le tout, auréolé d’une technique très largement au-dessus de la moyenne ! Alors pourquoi l’ex-compagnon de Maria Sharapova n’a-t-il pas encore débloqué son compteur en Grand Chelem ? D’aucuns évoquent son appétence pour les conquêtes féminines, ainsi qu’un mental en dents de scie doublé d’une certaine inconstance dans sa capacité à reproduire encore et encore les efforts nécessaires à l’entrainement… La vérité est probablement un mix des trois. Ceci dit, jusqu’ici et comme tant d’autres, le Bulgare aura avant tout été l’une des innombrables victimes de l’hégémonie du « BIG 4 ». Par conséquent, à Wimbledon ou ailleurs, avec le déclin programmé des trentenaires, « Baby Federer » devrait tôt ou tard finir par s’imposer en GC.

 

TENNIS : Master 1000 de Cincinnati - Western And Southern Open - 15/08/2017

 

Dominic Thiem (Autrichien, né le 03/09/1993)
Meilleur classement : 7e
Demi-finaliste en Grand Chelem
8 titres ATP et 9 victoires sur le Top 10

Ancien pur défenseur reconverti attaquant de fond de court sous la houlette de son coach Gunther Bresnik, Dominic Thiem présente en outre la particularité (de plus en plus rare) d’avoir abandonné son revers à deux mains au profit d’un revers à une main. Spécialiste de la terre battue, tout comme son compatriote Thomas Muster avant lui, l’alpiniste du circuit ATP (il adore aussi le ski) a déjà atteint à deux reprises le stade des demi-finales à Roland-Garros, ne s’inclinant à chaque fois que face au futur vainqueur du tournoi parisien (Djokovic en 2016 et Nadal en 2017). Doté d’un coup droit dévastateur, d’un revers très efficace en retour et d’un des services les plus rapides du circuit (pouvant atteindre les 225km/h), « Dominator » est le seul joueur de sa génération à compter des victoires face à Federer, Nadal, Djokovic, Murray et Wawrinka à la fois. Sérieux, en constante progression, l’Autrichien semble promis à triompher un jour à Paris, voire même aussi (au moins une fois) à New-York et/ou en Australie.

Lucas Pouille (Français, né le 23/02/1994)
Meilleur classement : 13e
Quart-de-finaliste en Grand Chelem
3 titres ATP et 5 victoires sur le Top 10

Cocorico ! Il fallait bien un Français dans cette liste de « rookies ». Né d’un père français et d’une mère finlandaise, Lucas Pouille, à l’instar du skieur Alexis Pinturault (dont la maman est Norvégienne), semble avoir ce petit supplément de sang-froid, propre aux Vikings, qui fait si souvent défaut aux Gaulois ! De fait, le natif de Grande-Synthe gère plutôt bien la pression comme le démontre son excellente aptitude à sortir ses meilleurs services et autres coups gagnants sur des balles de break. Puncheur du fond de court, dur au mal, ce boulimique d’entrainement a accompli ces dernières saisons un travail exceptionnel aux côtés de son mentor Stéphane Planque pour se hisser aux portes du « Top 10 ». Tombeur héroïque (en cinq sets) de Rafael Nadal à l’US Open 2016 puis titré à Metz après avoir étouffé Dominic Thiem en finale, le Nordiste, vainqueur de ses trois titres ATP sur trois surfaces différentes (dur, terre-battue et gazon), est un joueur complet mais il doit encore s’étoffer pour espérer plus.

Nick Kyrgios (Australien, né le 27/04/1995)
Meilleur classement : 13e
Quart-de-finaliste en Grand Chelem
3 titres ATP et 12 victoires sur le Top 10

Avec Benoît Paire et Fabio Fognini, Nick Kyrgios est l’un des bad-boys du tennis planétaire. Révélé en 2014 par le biais de sa victoire sur Rafael Nadal à Wimbledon, l’enfant terrible de l’ATP a déjà battu au moins une fois, à l’exception d’Andy Murray, la plupart des cadors du circuit (Djokovic, Nadal, Federer, Wawrinka, Berdych). Branché sur courant alternatif, ce garçon taciturne est capable du meilleur comme du pire (on se souvient notamment de son altercation minable avec Stan Wawrinka). Adepte d’un style de jeu spectaculaire et résolument offensif, l’Australien d’origine gréco-malaisienne peut faire tomber quasiment n’importe qui lorsqu’il est dans un grand jour. Hélas, au même titre que Marat Safin en son temps, son talent ne s’entrevoit malheureusement que trop souvent par intermittence. Joueur d’instinct, passionné de basket plus que de tennis, le natif de Canberra devra apprendre à canaliser sa fougue s’il veut pouvoir un jour décrocher au moins un GC.

 

TENNIS : Master 1000 de Cincinnati - Western And Southern Open - 17/08/2017

 

Karen Khachanov (Russe, né le 21/05/1996)
Meilleur classement : 30e
Huitième-de-finaliste en Grand Chelem
1 titre ATP et 2 victoires sur le Top 10

Encore méconnu du grand public, Khachanov s’est signalé aux yeux des fans de la petite balle jaune en 2016 via son parcours victorieux lors de l’Open de Chengdu (en Chine). Alors classé 101e mondial, ce grand (1,98m) Russe d’origine arménienne avait créé la surprise en déboulonnant, sans trembler, quatre têtes de séries (Joao Sousa, Feliciano Lopez, Viktor Troicki et Albert Ramos-Vinolas) pour s’offrir le premier trophée ATP de sa jeune carrière. Cette année, Karen a poursuivi sur sa lancée en s’offrant les scalps de David Goffin à Monte-Carlo, puis de Thomas Berdych et John Isner à Roland-Garros. Certes, par rapport aux autres espoirs cités ici, « KK » est certainement celui qui compte (pour l’heure) le moins de références. Ceci dit, ses progrès notables et son mental d’acier couplés à son style de jeu agressif font du Moscovite l’une des grandes promesses des saisons à venir (à l’instar de ses compatriotes Andrey Rublev et Danil Medvedev).

Borna Coric (Croate, né le 14/04/1997)
Meilleur classement : 33e
Seizième-de-finaliste en Grand Chelem
1 titre et 5 victoires sur le Top 10

Parvenir à continuer à progresser et confirmer quand les projecteurs ont été braqués très jeune sur soi, tel est le défi que doit relever Borna Coric. Révélé à seulement 17 ans par ses surprenantes victoires sur Rafael Nadal et Andy Murray en 2014-2015, le jeune Croate cherche depuis ses débuts ô combien prometteurs à résoudre cette équation des plus complexes. Joueur de fond de court, aussi solide en coup-droit qu’en revers, le natif de Zagreb n’a encore jamais dépassé le stade du troisième tour en Grand Chelem, pas plus que celui des quarts-de-finale en Masters 1000. Ceci étant, ses doubles succès obtenus face à Nadal et Murray ont amené de nombreux observateurs de la planète-tennis à le considérer comme un champion en puissance. Membre du Top 50 depuis trois ans, vainqueur de son premier titre ATP cette année (victoire face à Kohlschreiber à Marrakech), le finaliste de la Coupe Davis 2016 doit désormais gagner en régularité.

Alexander Zverev (Allemand, né le 20/04/1997)
Meilleur classement : 6e
Huitième-de-finaliste en Grand Chelem 
6 titres ATP et 10 victoires sur le Top 10

Voilà la grosse cote du moment ! Attaquant de fond de court au jeu très agressif, longiligne (1,98m) et pourvu d’un service très rapide aussi bien en première qu’en deuxième balle (son second engagement dépasse souvent les 190km/h), « Sascha » Zverev est issu d’une famille de tennismen. Bien encadré par son père (ancien professionnel soviétique) et son grand frère (Mischa), le joueur hambourgeois a déjà fait sauter un verrou cette saison, grillant ainsi la politesse à ses aînés en devenant le premier homme né dans les années 1990 à remporter un (Rome) puis deux (Montréal) Masters 1000. Alors certes en Grand Chelem, Alex n’a pas encore franchi le cap des huitièmes, mais gageons qu’il y parviendra sous peu. Travailleur, modeste et persévérant, le jeune Allemand d’origine russe a visiblement toutes les cartes en main pour devenir l’un des patrons du tennis mondial de demain.

 

TENNIS : Rogers Cup - Master 1000 Canada - ATP - Montreal - 10/08/2017

 

Denis Shapovalov (Canadien, né le 15/04/1999) 
Meilleur classement : 67e
1/64ème de finaliste en Grand Chelem
0 titre ATP et 1 victoire sur le Top 10

C’est la dernière pépite issue de la génération 1990. Jusqu’ici plus connu pour avoir failli rendre borgne un arbitre (énervé, il avait involontairement balancé une balle en pleine tête du juge de chaise lors d’une rencontre de Coupe Davis) que pour ses performances sur le court, « Denis La Malice » (18 ans) est sorti du bois de façon tonitruante à l’occasion du dernier Open du Canada. Déjà invité en 2016 à Toronto où il avait éliminé Kyrgios, le gaucher blondinet au subtil revers-à-une-main a récidivé cette année au Québec en se débarrassant cette fois du Brésilien Dutra Silva (après avoir sauvé plusieurs balles de match) et de l’Argentin Del Potro, avant de créer une énorme sensation en terrassant le n°2 mondial alias Nadal ! Finalement stoppé par Zverev en demi-finale, Shapovalov, dont l’attitude démonstrative n’est pas sans rappeler celle de Lleyton Hewitt, est un véritable vent de fraicheur. Tout comme les jeunes « US boys » Frances Tiafoe et Taylor Fritz, on a désormais hâte de le revoir !

Une génération de "Late Bloomers" ?

Par le passé, de René Lacoste à Marat Safin en passant par Ken Rosewall, Jimmy Connors et Mats Wilander, les premiers titrés d’une nouvelle génération avaient toujours entre 17 et 22 ans à l’occasion de leurs sacres initiaux en Grand Chelem :

- René Lacoste, né en 1904, premier joueur de la génération 1900 à gagner un GC en 1925 (21 ans)
- Sidney Wood, né en 1911, premier joueur de la génération 1910 à gagner un GC en 1931 (20 ans)
- Ted Schroeder, né en 1921, premier joueur de la génération 1920 à gagner un GC en 1942 (21 ans)
- Ken Rosewall, né en 1934, premier joueur de la génération 1930 à gagner un GC en 1953 (19 ans)
- Chuck McKinley, né en 1941, premier joueur de la génération 1940 à gagner un GC en 1963 (22 ans)
- Jimmy Connors, né en 1952, premier joueur de la génération 1950 à gagner un GC en 1974 (22 ans)
- Mats Wilander, né en 1964, premier joueur de la génération 1960 à gagner un GC en 1982 (18 ans)
- Michael Chang, né en 1972, premier joueur de la génération 1970 à gagner un GC en 1989 (17 ans)
- Marat Safin, né en 1980, premier joueur de la génération 1980 à gagner un GC en 2000 (20 ans)

En outre, on note que les pionniers des décennies précédentes étaient toujours natifs du premier « quinquennat » de leurs générations respectives (à savoir entre l’an 00 et l’an 04 de la décennie). La génération 1990 est donc très nettement en retard sur les temps de passage des précédentes. La faute au « BIG 4 » certes, mais pas seulement : Cilic, Del Potro et surtout Wawrinka ont prouvé qu’on pouvait gagner des GC même en présence des quatre galactiques ! L’exemple de la lente maturation du Vaudois, qui fut longtemps privé de desserts par les quatre ogres avant de finir par triompher en Grand Chelem à l’aube de la trentaine, ferait d’ailleurs bien d’en inspirer plus d’un. Alors que les jeunes pousses de la génération 2000 auront déjà 18 ans l’année prochaine, il serait temps !

Lionel Ladenburger (@lionelladen)
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