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Eric Roy : "Ne pas transmettre son stress"

Eric Roy a vécu le stress du maintien lors de son passage à la tête de Nice. Notre consultant nous explique les pièges à éviter pour les équipes concernées.

Eric Roy, comment vit-on en tant qu’acteur le suspense qui entoure la course au maintien ?

J’ai eu la chance, même si ce sont des moments très difficiles à vivre quand même, de sauver Nice dans les dernières journées quand j’étais en poste. Les nuits sont courtes, on ne dort pas bien mais il faut être capable de gérer tout ça. Quand on est technicien, responsable d’une équipe qui joue le maintien, il faut être capable de ne pas transmettre ce stress. La difficulté est là, il faut savoir gérer l’émotion. Ce n’est jamais bon quand un entraîneur communique sa nervosité à son groupe. Ce sont des moments difficiles, mais ce sont des moments où l’on apprend beaucoup aussi. Se battre pour les premières places, c’est très euphorisant, mais se battre pour le maintien et arracher des points dans les dernières secondes, ça l’est tout aussi. Il faut savoir que la différence entre une équipe qui tombe et une qui se maintient est d’à peu près 20 millions d’euros de droits télés. Il y a beaucoup de clubs dans le passé qui sont descendus sans jamais s’en remettre. Il y a une responsabilité très importante.

Justement, quand on est coach à la tête d’une équipe qui joue son futur, que dit-on à ses joueurs ?

Il faut savoir les responsabiliser, ce n’est pas que le coach et le staff qui ont un rôle très important. Il faut leur prendre conscience des enjeux sans leur communiquer le stress. Il faut avant tout bien jouer. Si on est écrasé par l’enjeu du match, ça n’augure rien de bon. Il faut être capable d’avoir ce juste milieu entre faire prendre conscience de l’enjeu, sans les écraser sous la pression. C’est très subtil. La posture de l’entraîneur, ce qu’il peut dégager en termes de « body language », est très importante. Quand on est coach, il faut arriver à prendre du recul et ne pas être trop tête dans le guidon.

Cinq équipes vont jouer leur avenir sur la dernière journée. Pensez-vous que les joueurs doivent être au courant ce qu’il se passe sur les autres terrains ?

Je crois qu’il faut préparer son équipe pour qu’elle soit focalisée sur son objectif. Il ne faut à aucun moment communiquer aux joueurs les résultats des autres terrains. Même l’entraîneur doit éviter de savoir même s’il est important qu’une personne dans le staff suive les scores ailleurs de manière très confidentielle. Il ne faut pas néanmoins qu’il te tienne au jus tous les quarts d’heure. A la mi-temps et quinze minutes avant la fin du match, c’est déjà bien. Ces informations vont être un levier pour le discours du coach. Si tu as besoin de prendre un point ou gagner pour se sauver, ton animation de banc est différente. Quand j’étais à Nice, j’ai demandé à être informé à la mi-temps et dans le dernier quart d’heure. Dans tous les cas, les joueurs ne doivent pas savoir, à part si c’est une bonne nouvelle pour un score définitif.

Autre élément perturbateur, le Mercato estival. Comment gérer les sollicitations pour une équipe qui joue le maintien ?

Ce que j’ai eu à gérer, ce n’était pas tant les joueurs demandés. Car les joueurs dont on parle beaucoup au Mercato et qui sont amenés à partir ont été bons durant la saison. Avec eux, le discours est simple : il faut être bon pour la dernière journée car c’est là où il y a le plus de recruteurs pour se faire un avis définitif et trancher. Le plus gros à gérer, ce sont les joueurs désabusés, qui n’ont pas beaucoup joué et qui ont un esprit négatif. Ce genre de joueur peut te tirer un groupe vers le bas. Ce que j’avais fait, c’est de mettre en vacances les trois, quatre éléments négatifs. Quitte à être 16 ou 17. Je voulais avoir que des joueurs concernés. Le joueur en fin de contrat et désintéressé, il ne faut pas hésiter à le mettre de côté, que de se le traîner dans le vestiaire. Je l’avais fait avec quelques joueurs. Et c’est pareil pour le joueur souvent blessé et qui se lamente, bien malgré eux souvent. Il faut avoir des vibrations positives dans ces moments.

Que pensez-vous du système des barrages qui fait son retour ?

Je suis pour. On connaît les catastrophes qu’amènent les relégations et ça permet donc à moins une équipe d’avoir une chance supplémentaire. J’ai connu les barrages au début de ma carrière avec Nice face à Strasbourg. On avait perdu 3-1 à l’aller, avant de réussir un retour superbe en gagnant 6-0 au stade du Ray ! On s’était maintenu grâce au barrage. C’était un gros souvenir et un match vecteur d’émotions.