Koscielny, la force enfin tranquille

Panoramic

Toute sa vie, il repensera sans doute à cette action, à ce 10 juillet 2016. Finale de l'Euro, France-Portugal au Stade de France, 119e minute (0-0). Laurent Koscielny est au duel avec Eder, l'attaquant portugais, à 25 mètres de son but. Sanctionné d'un carton jaune (pour une main qu'il n'a pas commise) quelques secondes auparavant, le défenseur tricolore est battu. Il ne prend pas le risque de faire faute sur son adversaire... et ce dernier connaît son heure de gloire. D'une frappe limpide, il brise le rêve français et offre le titre aux Lusitaniens.

Koscielny a péché par manque de rugosité – en conférence de presse, il le regrettait encore il y a quelques jours : "Si l'arbitre ne m'avait pas donné un carton jaune, j'aurais pu défendre autrement". Un comble pour lui, qui a si souvent été critiqué, voire raillé, pour son excès d'agressivité.

Réputation de « découpeur »

Il n'a pas un gabarit très imposant pour un défenseur central (1m86, 75kg), mais Laurent Koscielny aime s'imposer physiquement, marquer son vis-à-vis. De son appétence pour le défi, parfois incontrôlée, accouche un parcours émaillé de cartons rouges reçus (lors du match France-Ukraine en barrage aller de la Coupe du monde 2014, notamment) et de penalties concédés (7 en Premier League entre l'été 2010 et octobre 2014, total le plus élevé sur la période). Mais cette tendance, depuis quelques mois, tend à s'estomper, notamment en raison d'une évolution dans son jeu : "avant je misais beaucoup sur l'anticipation, avec la volonté de passer devant l'attaquant, de couper les passes adverses. C'était dangereux. Maintenant, j'attends davantage."

C'est en faisant preuve de plus de maîtrise qu'il est devenu capitaine à Arsenal, club dont il défend les couleurs depuis la saison 2010/2011, et qu'il a su profiter des circonstances (absences de Mamadou Sakho et Raphaël Varane durant l'Euro) pour devenir une pièce maîtresse de sa sélection (31 ans, 40 sélections, 1 but). Mais lors de la probante victoire des Gunners face à Chelsea (3-0), le 24 septembre dernier (6e journée de Premier League), c'est grâce à son impact athlétique qu'il a muselé Diego Costa. Il n’a pas perdu cette qualité et il semble avoir trouvé le bon compromis entre sagesse et énergie. Cette capacité à progresser, à se remettre en question, c'est le fondement de sa réussite. Cela l'a toujours été.

Patience et persévérance

D'un côté, les talentueux. De l'autre, les besogneux. Réduire les footballeurs à cet unique facteur dissociant serait caricatural. Pourtant, certains n'ont pas la même aisance, le même destin (a priori et à tort) tout tracé que leurs collègues doués. Laurent Koscielny est de ceux-ci, de ceux qui ont tardé à éclore au plus haut niveau car ils n'étaient pas au-dessus du lot. Et il ne s'en cache pas : "j'ai dû bosser plus que certains joueurs pour arriver là où je suis et faire une belle carrière".

C'est sous les couleurs de l'En Avant Guingamp, alors en Ligue 2, qu'il a découvert le football professionnel (2003-2007). Il n’a pas laissé de souvenirs impérissables en Bretagne et c’est à Tours, en National, qu’il a donné un premier élan à sa carrière. Une montée en Ligue 2 à l’issue de la saison 2007-2008 et un exercice convaincant à cet échelon (2008-2009) suscitent l’intérêt de Lorient. Christian Gourcuff apprécie déjà sa « sécurité dans le placement, dans ses interventions et dans sa technique », même si celle-ci mérite d’être affinée et bien que sa fougue soit encore à canaliser.

La suite, après une seule saison passée chez les Merlus en Ligue 1 (l’année de ses 24 ans), c’est le grand saut vers l’Angleterre, où Arsène Wenger, conseillé par Gilles Grimandi, l’attend.

Loin du tumulte médiatique

Et cela commence mal. La bourde de Koscielny en finale de la League Cup 2010/2011 (1-2 contre Birmingham) symbolise ses débuts compliqués avec Arsenal. Logique pour un joueur passé en trois saisons du National à la Premier League : « cela n'allait pas venir de suite, c’était évident. (…) Il fallait lui laisser le temps de digérer, de mûrir (Grimandi) ». L’ancien Tourangeau a conscience du chemin parcouru : « j’ai grandi progressivement pour arriver où je suis (…) chaque saison à Arsenal, j’ai franchi une étape », de la maturité acquise. Une maturité qui ne le caractérise pas seulement sur le terrain.

En effet, Laurent Koscielny n’est pas du genre à se disperser dans les à-côtés. Le showbiz ? Ce n’est pas pour lui. En France, son plus grand fait d’arme médiatique, c’est peut-être de connaître personnellement l’actuel président de la République : « François Hollande est comme moi, de Tulle. J’ai sympathisé avec lui lors d’un tournoi de jeunes dont j’étais le parrain en 2011 ». Face aux micros, pas d’incartades non plus. Lorsqu’il est interrogé au sujet du France-Bulgarie de 1993 en conférence de presse, lorsqu’il risque de paraître désintéressé de l’histoire de sa sélection ou au contraire faussement concerné par son passé, il ne fait pas de fausse note. Il reste sobre et juste : oui, il « en (a) entendu parler », non « ce n’est pas un traumatisme ».

Dans son discours comme dans son jeu, Laurent Koscielny a pris une nouvelle dimension. Propre balle au pied sans être un esthète de la relance, fort sur l'homme mais parfois excessif dans l'engagement, il reste un défenseur perfectible. Il en est conscient. Et c'est peut-être sa plus grande force.

Simon Farvacque
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