Leeds : Comment Marcelo Bielsa a déjà conquis le club

Reuters

L’anecdote est à la hauteur du degré de folie du personnage. Quelques semaines après son arrivée à Leeds, Marcelo Bielsa a imposé un exercice pour le moins insolite à ses joueurs. Pendant près de trois heures, son effectif a dû ramasser les déchets autour du centre d’entraînement. L’objectif ? Faire prendre conscience à ses joueurs de l’effort nécessaire concédé par leurs supporteurs pour pouvoir se payer un billet afin d’aller donner de la voix à Elland Road, trois heures de travail étant la durée moyenne pour amasser assez de monnaie pour cela. Une méthode déconcertante, mais qui a porté ses fruits. Après trois rencontres de championnat, Leeds est prêt à reprendre le trône à Middlesbrough. Pour ce faire, les Peacocks doivent s’imposer ce mardi soir contre Swansea.

Une histoire de rêve
 

Surnommé El Loco, Marcelo Bielsa n’en est pas moins un doux rêveur. A son arrivée à Leeds, il a laissé entendre, sans forcément le promettre, qu’il songeait à la montée en Premier League avec les Peacocks. Treizième de Championship la saison dernière, l’équipe anglaise n’a plus goûté à l’ivresse des joutes de Premier League depuis 14 ans. Un gouffre temporel que Bielsa souhaite combler : « Il serait imprudent de promettre ce dont on ne peut être sûr, mais il serait impossible de ne pas rêver à la montée. Pour donner un sens à un tel projet, il faut avoir le désir de réaliser ce que tout le monde souhaite. »  

Passé par l’Argentine, le Chili, Bilbao ou encore Marseille, Marcelo Bielsa s’est donc engagé pour deux saisons avec Leeds, devenant au passage l’entraîneur le mieux payé de l’histoire du club. Si l’équipe n’a plus son aura d’antan, pas question pour le technicien de prendre ce nouveau défi à la légère. Avant même sa signature, l’Argentin avait déjà visionné les 51 matchs de Leeds disputés la saison dernière. Il connaissait également l’ensemble de l’effectif, les réservistes et leurs caractéristiques.  


Pour atteindre ses objectifs, Marcelo Bielsa a eu carte blanche sur le mercato. L’état-major lui a même octroyé une enveloppe d’une vingtaine de millions d’euros pour renforcer l’équipe cet été, une somme conséquente pour une équipe de deuxième division. Si l’Argentin ne l’a pas entièrement utilisée, il a recruté Patrick Bamford, l’ex-attaquant de Middlesbrough pour 8M€ et Barry Douglas, l’ex-latéral gauche de Wolverhamtpon contre 3,5M€. Il a également fait venir en prêt deux jeunes pousses de Chelsea, Lewis Baker et Jamal Blackman, ainsi qu’un ailier de Manchester City, Jack Harrison. En contrepartie, Bielsa a pas mal dégraissé l’effectif, comme il l’avait demandé à ses dirigeants avant de signer.

Une saison partie pour être brillante ?
 

Depuis son arrivée à Leeds, Marcelo Bielsa n’a connu que la victoire. En championnat, il a engrangé neuf points sur neuf possibles. Une cadence qu’aucune autre équipe n'est parvenue à suivre. Il a également passé le premier tour de la League Cup en venant à bout de Bolton. Un début idyllique, qui le fait entrer directement dans l’histoire du club : aucun entraîneur auparavant n’avait remporté ses quatre premières rencontres avec Leeds. Au-delà de l’aspect comptable, Bielsa a réussi à insuffler ses préceptes à son effectif, pour produire un jeu à même de conquérir les supporteurs. Le style est attractif, l’intensité est au rendez-vous, les joueurs sont perpétuellement en mouvement, quitte à déséquilibrer le bloc. Ils n’hésitent pas à multiplier les combinaisons rapides et casser les lignes avec de longues passes.

Vidéo : Leeds et Bielsa, c'est canon !

Autant de caractéristiques qui amènent au questionnement suivant : les joueurs vont-ils pouvoir assumer un tel rythme tout au long de la saison ? Rien qu’en Championship, Leeds va disputer la bagatelle de 46 rencontres, sans compter d’éventuels barrages. Avec les matchs de Coupes, les Peacocks devront tenir sur la longueur pour monter en Premier League. Marcelo Bielsa dispose-t-il d’un effectif assez conséquent pour assurer une rotation efficace ? Dans un championnat aussi physique, où une grosse dizaine d’équipes aspirent à la montée, saura-t-il éviter le coup de la panne physique ? Pour El Loco, l’ombre de la saison 2014-2015 de l’Olympique de Marseille plane toujours au-dessus de sa tête. Champions d’automne, les Phocéens s’étaient écroulés physiquement et avaient terminé hors du podium.

A l’aube de son aventure avec les Peacocks, Marcelo Bielsa enchante déjà Leeds. S’il rêve d’offrir la montée à ses supporteurs, la route est encore longue, semée d’embuches, mais l’émotion est garantie. Elle pourrait alors mener à l’élite, et à des chocs contre le Manchester City de son élève, Pep Guardiola. On en salive déjà.