Copa Libertadores: Se rendre à Madrid, un défi pour les supporters de River et Boca

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River-Boca, c'est un des derbies les plus chauds de la planète football. Mais, malgré la crise économique qui affecte la majorité des Argentins, les supporters de deux grands rivaux de Buenos Aires sont prêts à dépenser une fortune pour voir leur équipe brandir la Copa Libertadores, dimanche à Madrid.

A cause d'incidents violents avant la finale retour de la Copa Libertadores le 24 novembre, la rencontre à haut risque a en effet été délocalisée à Madrid, dans le stade du Real Madrid, à 12.000 km de Buenos Aires.

Diego Rozan, 36 ans, employé dans une société de sécurité, jubile. Dimanche, il sera à Madrid pour "la finale dont tout supporter de River rêve". Car l'adversaire est le rival de toujours: le Boca Juniors de Carlos Tevez. Gagner une 3e Copa Libertadores, contre Boca, aurait une saveur particulière.

A Madrid, Diego Rozan sera hébergé par un autre supporteur de River, un Espagnol, qu'il rencontré dans une tribune du stade Monumental de Buenos Aires, le jour de la finale avortée.

Le temps que la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) annonce le report de la rencontre, ils ont eu le loisir de discuter... pendant sept heures. 

"C'est pratiquement impossible (à financer). Sans la solidarité d'un autre +hincha+ de River et grâce aux miles accumulés sur ma carte de crédit", dit-il avec un large sourire, avant son départ d'Argentine.

Sans oublier, raconte-t-il, qu'il a dû poser des jours en avançant ses vacances prévues, "un problème important pour moi". 

Le billet du match, il l'a acheté sur internet, en payant le double du prix facturé pour le match au Monumental: 80 euros.

"Ce sera un sacrifice économique, sans beaucoup d'argent en poche, avec l'illusion du supporteur", dit-il.
Il aurait préféré que le match se dispute, comme prévu, à Buenos Aires. "Je ressens à la fois de la joie et de la tristesse en regardant sur les côtés car beaucoup de ceux qui sont d'habitude au stade ne seront pas là. J'encouragerai aussi pour eux". 

Des agences de voyage argentines ont ainsi proposé pour 2.200 euros un voyage éclair Buenos Aires-Madrid avec une place pour la finale.
                  
De Madrid à Dubaï                  
                  
Quitte à rêver, mieux vaut voir grand. Matias Rasso, 30 ans, est un fervent supporteur de Boca Juniors, à tel point qu'il se rend une fois par semaine à un cours d'histoire sur le club du quartier populaire de La Boca.

Convaincu qu'il va vivre une grande fête du football à Madrid, il a fait ses comptes et convenu avec un ami qu'il valait mieux poursuivre jusqu'à Dubaï, où se joue cette année le Mondial des clubs et où le représentant sud-américain entre en lice le 18. 

"C'est une folie, tout dépend du résultat du match", concède Matias Rasso. "Si on gagne, et je suis convaincu que nous allons gagner, je passe une semaine en Europe et je continue vers Dubaï. Cela me revient moins cher que de revenir à Buenos Aires entre les deux".

"Avant même que la décision de jouer à Madrid soit officialisée, j'avais décidé de voyager où que ce soit. Quel stress, quelle angoisse..."

Plusieurs jours se sont écoulés entre l'attaque du bus de Boca Juniors par des supporteurs de River Plate et l'annonce de la délocalisation en Espagne. Puis un doute a plané sur la tenue du match, les deux équipes exprimant leur opposition à l'option madrilène.

Le plus dur à trouver et à financer a été le billet d'avion, pour lequel il a demandé un prêt à la banque. "J'ai mis deux jours à trouver un billet. Si j'avais eu un visa pour les Etats-Unis, ça m'aurait coûté moins cher."
Il arrivera la veille du match à Barcelone, après une escale à Londres et espère juste arriver à temps pour retirer à temps son billet au guichet du stade Santiago-Bernabeu.